AUTEUR : Auster, Paul (1947-....)brooklynfollies
TITRE : Brooklyn follies
 
TITRE ORIGINAL : Brooklyn follies
TRADUIT DE l'américain PAR Christine Le Boeuf
PUBLICATION :
Arles : Actes Sud, impr. 2005
IMPRIMEUR / FABRICANT : 53-Mayenne : Impr. Floch
DESCRIPTION MATÉRIELLE : 363 p. : couv. ill. en coul. ; 22 cm
COLLECTION : Lettres anglo-américaines
ISBN : 2-7427-5648-5


QUATRIÈME DE COUVERTURE

Nathan Glass a   soixante ans. Un divorce, un cancer en rémission, trente ans de carrière   dans une compagnie d'assurances à Manhattan et une certaine solitude   qui ne l'empêche pas d'aborder le dernier versant de son existence avec   sérénité.
Chaque jour, Brooklyn et ses habitants le séduisent davantage, il prend   ses habitudes, tombe sous le charme d'une serveuse et décide de faire   un livre dans lequel seraient consignés ses souvenirs, ses lapsus, ses   faiblesses de langage, ses grandes et petites histoires mais aussi celles des   gens qu'il a croisés, rencontrés ou aimés.

Un matin de printemps, le 23 mai de l'an 2000, ce livre intitulé Brooklyn   Follies prend une autre dimension. Ce jour-là, dans une librairie,   Nathan Glass retrouve son neveu Tom Wood. Perdu de vue depuis longtemps, ce   garçon de trente ans reprend très vite la place qui fut la sienne   dans le cœur de son oncle. Et c'est ensemble qu'ils vont poursuivre leur   histoire, partager leurs émotions, leurs faiblesses, leurs utopies mais   aussi et surtout, le rêve d'une vie meilleure à l'hôtel Existence...


Un livre sur le désir d'aimer. Un roman chaleureux, à travers   lequel tous les grands thèmes austériens se répondent,   où les personnages reprennent leur vie en main, choisissent leur destin, vivent le meilleur des choses - mais pour combien de temps encore, en Amérique   ?...


Et bien voilà, j'ai enfin réussi à finir un livre de Paul Auster ! Cette fois encore, après les premières pages, j'avais plus envie de le remettre dans ma PAL que de lui donner une petite chance. Mais quelle bêtise cela aurait été ! Car cette histoire finie par vous tenir, les nombreux personnages deviennent de plus en plus attachants, on a envie d'en savoir plus sur leurs déboires, et on n'est pas déçu..

C'est donc un petit bout de la vie de Nathan, le narrateur, qui nous est donnée ici. Nathan a la soixantaine, il est divorcé, retraité, et vient de gagner un combat contre un cancer. Il se résume parfaitement bien à la fin du livre, page 340 :
"Moi. Cet homme amer, solitaire, revenu se terrer à Brooklyn il y avait moins d'un an, ce type fini qui s'était persuadé qu'il ne lui restait aucune raison de vivre - moi, l'andouille, Nathan le Sot, incapable d'imaginer qu'il pourrait avoir mieux à faire qu'attendre tranquillement la mort, métamorphosé désormais en confident et conseiller, en amoureux de veuves ardentes, en chevalier errant, sauveteur de damoiselles en détresse."


Par le plus grand des hasards, il retrouve son neveu, Tom, après de longues années. Ils renouent alors avec un lien père-fils qui leur vont bien. Les retrouvailles ont lieu dans une librairie, celle de Harry, où travaille Tom. Les trois hommes ne vont plus se quitter.

Un matin, une petite fille débarque chez Tom, sans explications, sans paroles. Elle s'appelle Lucy, et elle est la nièce de Tom. Elle ne veut pas, ne peut pas, ou ne doit pas parler. Bien difficile pour Nathan et Tom de comprendre la situation, sans aucunes nouvelles de la maman de Lucy, Aurora. Mais cela ne les empêche pas de prendre soin de la petite. Pour héberger Lucy, c'est un peu compliqué, alors ils décident, et parviennent à convaincre Pamela, la demi-sœur de Tom, de la prendre chez elle. Sur la route vers le Vermont, Lucy, à l'insu de ses accompagnateurs, ruine le réservoir de la voiture de Nathan. En attendant les réparations, le trio attérit au paradis, à l'hôtel Existence, le rêve de Tom, qui est dans le monde réel l'auberge de Stanley et de sa fille Honey. Les trois voyageurs en sont les premiers clients.  Ils vont y passer quatre jours comme ils en rêvaient.
"Je veux me rappeler tout cela. Et si tout, c'est trop demander, alors une partie. Non, plus qu'une partie. Presque tout. Presque tout, avec des blancs réservés pour ce qui manque." (p. 202)

Un autre matin, Lucy s'autorise à parler de nouveau, mais Nathan et Tom ne sont pas plus avancés sur sa présence. Leur agréable séjour à l'auberge se termine brutalement quand ils apprennent la mort de Harry, le libraire. Retour à Brooklyn... Tom et Nathan reprennent un temps la librairie. Honey débarque un jour pour retrouver Tom, l'homme de sa vie, et décide que Lucy vivra désormais avec le couple, car "elle a besoin d'une mère".

Un autre jour, Aurora parvient, au péril de sa vie, à laisser un message sur le répondeur de Tom, message qui inquiète beaucoup ses proches. Nathan parvient à retrouver la trace de la mère de Lucy, et il se rend chez elle, où elle est séquestrée par Minor, son mari, un illuminé adepte d'une secte, pour qui "une femme [...] a le devoir de suivre son mari en toutes choses" (p.304). Nathan repart avec Aurora, sa nièce, qui profite de sa visite impromptue pour quitter ce mari, un "vertueux connard" (p.344), et cette vie dont elle ne veut plus.

Un autre jour, Nathan nage dans un double bonheur, quand il apprend qu'il va être bientôt parrain, et bientôt grand-père.

Un autre jour, encore, Nathan croit que son heure a sonné, mais ce n'est finalement pas une crise cardiaque. Il n'est pas parti, lui.
"Assez étrangement, je n'avais pas peur. La crise m'avait transporté ailleurs, dans une région où les questions de vie et de mort étaient sans importance. Il suffisait d'accepter. Vous preniez simplement ce qu'on vous donnait et si ce qu'on me donnait ce soir-là, c'était la mort, j'étais prêt à l'accepter"
(p. 353).
Si proche de la mort, il prend conscience de sa vie, de la vie, et se lance dans un grand projet : écrire les biographies de monsieur et madame Tout-le-Monde, en commençant par celle de son ami Harry.
"[...] je compris que je venais d'avoir l'idée la plus importante de ma vie [...]. Je n'étais personne. [...] Un jour ou l'autre, nous allions tous mourir et une fois nos corps emportés et enfouis dans la terre, seuls nos amis et nos familles sauraient que nous avions vécu. [...] La plupart des vies disparaissent. Quelqu'un meurt et, petit à petit, toutes traces de sa vie s'effacent. Un inventeur survit dans ses inventions, un architecte dans ses immeubles mais la majorité des gens ne laissent derrière eux ni monument ni réalisation durable : une série d'albums photo, un bulletin scolaire de cinquième primaire, un trophée gagné au bowling, un cendrier piqué dans une chambre d'hôtel en Floride le dernier jour de vacances quasiment oubliées. Quelques objets, quelques documents, quelques impressions vagues conservées par des tiers. Ceux-ci ont invariablement des histoires à raconter à propos du défunt, mais le plus souvent en mêlant les dates, en oubliant des évènements, et la vérité en sort de plus en plus déformée et quand ces gens-là meurent à leur tour, presque toutes leurs histoires s'en vont avec eux."
(p. 359-360).
C'est dans cet état d'esprit que Nathan quitte l'hôpital pour rentrer chez lui et retrouver les siens, "heureux, aussi heureux qu'homme le fut jamais en ce monde" (dernière phrase).


Morceaux choisis :

"La lecture était ma liberté et mon réconfort, ma consolation, mon stimulant favori : lire pour le pur plaisir de lire, pour ce beau calme qui entoure quand vous entendez dans votre tête résonner les mots d'un auteur."
(p. 24)

"[...] quand quelqu'un a la chance de vivre dans une histoire, de vivre dans un monde imaginaire, les peines de ce monde-ci disparaissent. Tant que l'histoire continue, la réalité n'existe plus." (p. 189)

"Les enfants, ça console de tout - sauf d'avoir des enfants."
(p. 206)

"Quel dommage que la vie ait une fin [...], quel dommage que nous ne soyons pas autorisés à vivre à jamais." (p. 218)

"Quand un homme se croit sur le point de mourir, il parle à qui veut bien l'écouter."
(p. 357)

"Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des livres." (p. 362)


Premier livre chez Actes Sud que je lis (en dehors de Millenium, mais paru dans la collection Actes noirs). Le format est original, la typo est agréable ; mais la tenue en main pendant la lecture n'est pas très confortable je trouve.