bangkok8

Auteur : John Burdett (1951-....)
Titre / Titre original : Bangkok 8
Éditeur :  10-18, octobre 2005
Format
: 419 pages

Résumé : Le district numéro 8 de Bangkok présente un sacré bestiaire humain : épaves crackées, ex-Khmers rouges dealers d'amphés, transsexuels et autres filles de joie... Un folklore dont l'inspecteur Sonchâi Jitpleecheep n'a aucun mal à maîtriser les codes. Ce métis, fruit de l'amour hasardeux entre un G.I. américain et une fille des bars thaïs, a d'ailleurs choisi une méthode d'investigation bien particulière : c'est Bouddha qui l'inspire et le guide dans ses enquêtes. Et même si son goût prononcé pour les paradis artificiels et l'amour tarifé lui font prendre quelques libertés avec l'ascétisme karmique, celui qu'on surnomme le "flic moine" met un point d'honneur à combattre le crime et la corruption qui gangrènent la mégalopole thaïlandaise. Un polar à l'atmosphère urbaine étouffante sous la plume d'un John Burdett au meilleur de sa forme.   
             

Mon avis : Un bon polar pour son intrigue. Mais j'ai bien plus aimé les déambulations de l'inspecteur Sonchaï dans cette immense ville qu'est  กรุงเทพมหานคร อมรรัตนโกสินทร์ มหินทรายุธยา มหาดิลกภพ นพรัตน์ราชธานีบุรีรมย์ อุดมราชนิเวศน์มหาสถาน อมรพิมานอวตารสถิต สักกะทัตติยะวิษณุกรรมประสิทธิ์, Krung Thep en forme abrégée, mieux connue sous le nom de Bangkok, "Cité des anges".
Quel plaisir de lire des mots, des noms de rues, de quartiers, de stations de MRT..., comme farangs, Sukhumvit, Wireless Road, Nana, Saphan Taksin, barques à longues queues, le Chao Phraya, Kaoshan Road, Patpong, Surawong Road, Koh Samui, Chiang Mai, Silom, Lumpini Stadium, Ayutthaya, l'hôtel Oriental.
Et de lire aussi des situations vécues sur place :

- Les embouteillages dantesques : "Il n'y a pas plus fort que nous pour les embouteillages. Sur Sukhumvit, au croisement de Soi 4, le trafic est bloqué dans les quatre directions. Deux agents de la circulation dans leur guérite sont censés résoudre le problème, mais comment deux flics sous-payés pourraient-ils faire avancer un million de bagnoles serrées comme des mangues dans des cagettes pour l'exportation ? Les deux gars roupillent derrière leur vitre et les automobilistes ont depuis longtemps renoncé à klaxonner. Il fait trop chaud, trop humide, pour klaxonner." (p.11-12)

- Les taxi-moto : "Dessous, des petits voyous avec des tas de tatouages et presque autant de boucles d'oreilles fument et boivent de la bière, affalés sur des lits de camp, leur veste numérotée jetée par terre près d'eux. Ce sont des chauffeurs de taxi-moto agréés, la forme de transport public la plus dangereuse de Krung Thep et la plus rapide. [...] Le conducteur me tend un casque que je refuse. L'obligation d'en porter un pour le passager fait partie de nos nombreuses lois inapplicables, la plupart des gens préférant courir le risque de se fracasser le crane plutôt que d'avoir la cervelle en ébullition." (p. 24-25)

- Les éventaires sur les trottoirs de toutes les grandes rues, tenus par des sourds-muets : "Dans la chaleur de la rue, je me suis dirigé vers la station du métro aérien, passant devant des éventaires où l'on vend des sacs de marque volés, des tee-shirts, des jeans, des shorts et des maillots de bain. Cette rangée d'éventaires appartient à des sourds-muets qui communiquent dans leur langue des signes pleine de vivacité. Il y a aussi des copies illégales de CD, de DVD, de cassettes vidéo et audio." (p.39)

- Le MRT et ses vues sur Bangkok : "Pendant ce qui a paru être des décennies, des sections entières des rues de la ville ont été bloquées ou fermées à la circulation tandis que des armées d'hommes et de femmes coiffés de chapeaux en plastique jaune construisaient les piliers en béton et ce qui se fait de mieux en matière de chaussées surélevées. La première phase du projet est maintenant achevée et la gigantesque ville l'a absorbée comme si de rien n'était. Nous nous interrogeons tous. Tout ça pour deux lignes seulement ? Circuler en métro aérien est cependant un réel plaisir. Frigorifié dans votre compartiment climatisé, vous avez une vue imprenable sur la ville. Cela permet aussi de dresser un constat de faillite face aux immenses squelettes de ces structures surélevées inachevées, monuments à la mémoire d'une frénésie bâtisseuse que la crise financière asiatique de 1998 a refroidie à jamais. Ces Stonehenge d'un genre nouveau hébergent maintenant des mendiants et des SDF." (p. 39-40)

- Ces blancs bien gras que l'on croise trop souvent dans les rues : "La placette est bondée d'Occidentaux et de brunes orientales. Des Australiens souriants, si gros qu'ils donnent l'impression d'être sur le point d'accoucher, tiennent enlacées des filles pas plus épaisses que leurs jambes. Des Américains racontent leur nuit précédente, des Allemands n'arrêtent pas de dire ja, ja, et des Hollandais baguenaudent comme de vieux habitués. Il y a beaucoup d'Européens de l'Est et aussi de Russes ; la Sibérie est juste au nord de mon pays et, depuis l'effondrement de l'URSS, des hommes et des femmes à peau claire et portés sur la vodka débarquent ici à flot continu. Les hommes pour acheter de la marchandise, les femmes pour la vendre." (p.48)

- Le trafic du gasoil : "Le long des côtes, la police, main dans la main avec les douanes, appuie le commerce clandestin du pétrole, commerce auquel la majeure partie de la flotte de pêche du pays a adapté ses bateaux : presque chaque nuit, ils partent vers les pétroliers arrêtés au large, prennent livraison de gasoil de contrebande dans leurs réservoirs en acier inox conçus à cet effet ; plus de douze pour cent du gasoil consommé en Thaïlande y arrive en contrebande." (p.82-83)

"L'Occidental fait généralement observer que le Thaï vit dans un paradis de dupes. Peut-être, mais le Thaï n'est-il pas fondé à rétorquer que l'Occidental s'est construit un enfer de dupes ?" (p.368)

สวัสดิค่ะ


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